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L’Atlas de Farnèse et ses 41 constellations identifiées.

Rédigé et illustré par A.N.K. Article under copyright.




Cette statue appartient au groupe de sculptures de la collection Farnèse trouvé dans les Thermes de Caracalla à Rome vers 1546 puis transférés à Naples, car ils ont été hérités en 1787 par Charles III de Bourbon, fils d’Elisabetta Farnèse, la dernière descendante de la famille. Avant le déménagement définitif à Naples, la statue a été exposée dans le palais Farnèse à Rome, avec le groupe de marbre jusqu’au début du XVIIe siècle.



En 2005, lors d’une réunion de l’American Astronomical Society à San Diego, Californie, Bradley E. Schaefer, professeur de physique à la Louisiana State University, a présenté une analyse concluant que le texte du catalogue d’étoiles perdues depuis longtemps d’Hipparchus peut avoir été l’inspiration pour la représentation des constellations sur le globe, faisant ainsi revivre et élargir une proposition antérieure de Georg Thiele (1898). Les constellations sculptées sur le globe sont assez détaillées et Schaefer les considère comme scientifiquement exactes étant donné la période de la création du globe, ce qui implique qu’il a été modelé sur un travail scientifique. Son analyse statistique conclut que les positions de ces constellations sont cohérentes avec l’endroit où elles seraient apparues à l’époque d’Hipparque (-129).

Cependant, comme le globe ne contient pas d’étoiles réelles et parce que les cercles sur le globe sont dessinés de manière inexacte et ambiguë par un sculpteur copiant le modèle hellénistique plutôt que par un astronome moderne, la datation du globe est encore incertaine et sa ou ses sources restent controversées. Les conclusions de Schaefer ont été fortement contestées par Dennis W. Duke, universitaire de Floride au motif que, quelle que soit la date du globe, les constellations sur celui-ci montrent de grands désaccords avec le seul travail existant d’Hipparque. Voici l’enquête de Dennis W. Duke.

Après cette petite introduction historique, analysons pourquoi Bradley E. Schaefer est contredit par Dennis Duke et faisons apparaître des détails que ni Schaefer ni Duke n’ont relevés.



Ci-dessous, voici l'affichage plane du globe afin de permettre l'observation de chacun des personnages sculptés en haut-relief :



Logiquement sur cet artefact daté du IIe siècle, époque identique à celle où aurait vécu Claude Ptolémée, on devrait y voir 48 constellations, mais n’y figurent seulement que 41. Parmi les constellations sculptées sur le globe, on ne trouve pas les constellations Ursa Major et Minor (Grande et Petite Ourse), Piscis Austrinus (Poisson austral), Sagitta (Flèche), Triangulum (Triangle), Equueleus (Petit Cheval) et Canis Minor (Petit Chien).



Sur ce globe on peut voir la constellation Argo Navis avant qu’elle ne fût progressivement affublée de voiles à la manière des grands voiliers. Voici un florilège de bateaux qui tous sont censés illustrer la constellation Argo Navis :



L’IAU [Union Internationale Astronomique] insiste sur le nombre de 88 constellations, mais si on coupe une pomme en 3, on obtient 3 portions d’une pomme et non pas des poires ou des bananes. De fait, il n’y a pas 88 constellations, mais seulement 86 si on ne tient pas compte de la division par 3 de la constellation Argo Navis. Observons plus en détail ce qui est censé représenter la constellation Argo Navis sur le globe de Farnèse :



Ce bateau aurait servi de navire dans le mythe de Jason et les Argonautes en quête de la Toison d’Or ne ressemblent pas du tout à un navire grec transportant un équipage comme celui que l’on peut voir ci-dessous :



La moitié de bateau dont on ne voit que la poupe c’est-à-dire l’arrière d’un navire sur l’Atlas de Farnèse est très loin de ressembler à un navire grec. Le navire sur le globe ressemble beaucoup au navire que l’on peut voir dans le catalogue nommé Aratea de Leyde « paru » en l’An 850 que l’on retrouva dans la bibliothèque de l’abbaye Saint-Bertin, où deux copies ont survécu. C’est en 1573 que Jacob Susius obtient le manuscrit auprès d’un peintre de Gand ; l’ouvrage passera ensuite aux mains d’Hugo Grotius, puis dans celles de Christine de Suède et Isaac Vossius. Ce dernier le légua en 1690 à la bibliothèque de l’Université de Leyde. Voici cette page consacrée à la constellation Argo Navis :



Comme nous le savons l’Atlas de Farnèse a été exposé qu’à partir de 1787 en Italie. Le navire de l’Aratea de Leyde est plus ancien puisqu’il remonte au 16e siècle [si on se fie à Hugo de Groot dit Grotius (1583 à 1645) l’humaniste]. Ces deux navires sont très ressemblants bien qu’ayant une origine culturelle et géographique différente.

Sur la Poupe, on remarque pratiquement le même personnage qui sur l’Atlas de Farnèse porte des ailes et est couché alors que sur la version de l’Aratea, ce personnage n’a plus ses ailes et est debout. Il est très étrange de voir un personnage ailé sur un artefact censé être une copie d’une sculpture grecque remontant au siècle d’Hipparque. Rappelons que le seul personnage ailé issu de la mythologie grecque est Hermès le Mercure Romain et ses ailes sont visibles uniquement sur son casque et ses sandales, mais pas sur son dos.

Un autre personnage porte des ailes sur l’Atlas de Farnèse, il s’agit de la constellation Virgo la Vierge. Précisons que les « Anges » ne sont apparus dans l’iconographie chrétienne que tardivement excepté l’ange Gabriel [Julius Schiller publia au début du 17e siècle un catalogue « Coelum Stellatum Christianum » censé être astronomique, mais reprenant les personnages de la Bible pour remplacer les personnages des constellations].

Pourquoi des Romains du IIe siècle s’étant inspirés des Grecs de l’Antiquité ont-ils affublé la Vierge d’une paire d’ailes alors que les autres constellations telles que Perseus, Orion, Ophiuchus n’en portent pas ? S’il s’agissait d’évoquer des êtres placés parmi les étoiles et que ces ailes leur étaient nécessaires pour illustrer une sorte d’apesanteur pourquoi seule Virgo en est affublée ?

On peut se demander pourquoi une telle ressemblance entre ces deux artefacts dont l’un a appartenu à une famille noble en Italie et l’autre aurait été confié à des abbés dans un monastère du nord de la France, mais peu importe ces questions, la plus importante dans un contexte astronomique est comment a-t-il été possible d’évoquer par dessin ou sculpture une constellation observable seulement sous l’équateur dans l’hémisphère Sud alors que les premières expéditions sous ces latitudes commencèrent en Occident vers le 14e siècle ?

À la constellation Argo Navi, on peut rajouter aussi la constellation Centaurus qui elle aussi est davantage proche du Pôle Sud. Il s’agit là d’anachronisme à n’en pas douter. Soit nous ignorons contre toute attente que les Grecs et les Romains auraient voyagé en mer et/ou sur Terre au-delà du lac Victoria en Afrique qui délimite les deux hémisphères soit ces deux artefacts ne datent ni de l’An Mille ni du IIe siècle, mais datent tous les deux après le 14e siècle. Voici ci-dessous en négatif ce que l'on ne peut pas voir si on observe le ciel à partir de l'Italie ou la Grèce :



Si on ne vérifie pas ce qu'on nous dit, on risque de commettre la même erreur que celle qui concerne la Machine d’Anticythère dont le mécanisme affiche un calendrier solaire alors que nous savons que les Gréco romains utilisaient un calendrier dédié à leur panthéon divin superposé au calendrier lunaire.

La Machine d’Anticythère ne date pas de l’Antiquité, mais date plutôt de la Renaissance selon Frédéric Lequevre, docteur en Physique, enseignant et zététicien. La conclusion de l’analyse de F.Lequevre est partagée par Denis Savoie, Historien de l’Astronomie. En effet tous deux ont présenté de nombreuses conférences devant un parterre d’universitaires où ils ont démontré que l’Histoire et les sciences peuvent être victimes d’anachronisme de la part de doxographes au fil des siècles surtout lorsqu’il s’agit d’une période précédant la Renaissance.

L’anachronisme n’est pas seulement due à l’ignorance, il s’agit aussi d’une volonté intentionnelle de remplir un programme scolaire en sachant que l’école ne commença qu’à être obligatoire pour tous jusqu’à 12 ans, seulement depuis la fin du 19e siècle notamment en France. Si on met de côté l’enseignement religieux, les matières scientifiques incluant le zététisme, l’archéologie, l’Histoire de l’Art sont apparues tardivement au siècle dernier vers les années 30. Avant cette date. Personne n’osait s’opposer à des datations farfelues comme celles qu’indiqua par exemple J.-F. Champollion à propos du Zodiaque de Dendérah qu’il avait daté du IIe siècle sous l’Empire romain c’est-à-dire sous la même période que celle dont certains supposent à tort que l’Atlas de Farnèse fût sculpté et où aurait vécu Claude Ptolémée. Voici ci-dessous un extrait de la conférence de Denis Savoie qu’il donna en 2011 :



Lorsqu’au 16e siècle, on a retrouvé 35 feuillets de ce qu’on nomma à tort un catalogue, on a supposé que les constellations manquantes avaient été perdues. Mais il suffit d’observer l’Atlas de Farnèse pour savoir que ces constellations manquantes n’ont jamais été perdues puisqu’elles n’existaient pas encore au IIe siècle ni avant la fin de la Renaissance. Ci-dessous vous pouvez voir quelques constellations provenant du catalogue Aratea de Leyde :



On constate que la tenue vestimentaire des personnages de l’Aratea de Leyde n’est pas habillée à la Grecque ou à la Romaine, mais à la Mode de la fin du Moyen Âge. Si on observe la position de ces personnages, elle est identique à la position des personnages sur l’Atlas de Farnèse, par exemple, le personnage représentant la constellation Cepheus a les bras en croix sur les deux supports. Rappelons que le Roi Cepheus est un Roi d’Éthiopie, ce pays est connu pour avoir été le premier où est apparue la première église Chrétienne. I est parfaitement anachronique d’évoquer un Roi chrétien ou catholique dans une période antique gréco-romaine.

En ce qui concerne la tenue vestimentaire des personnages sculptés sur l’Atlas de Farnèse, elle est très différente, moins détaillée, elle évoque une sorte d’Antiquité, mais elle est unisexe, les personnages masculins et féminins portent la même longue tunique, alors que nous savons que les Greco-Romains portaient la jupe pour les hommes. Si vous observez bien [en cliquant droit et ensuite, affichez l’image] sur l’Atlas de Farnèse, vous remarquerez que la constellation du Verseau a l’allure d’une femme et qu’il ne porte pas de barbe.

Il est important de savoir qu’au 16e siècle, le Pape Grégoire XIII à qui nous devons le Calendrier Gregorien a voulu restaurer l’époque romaine de la République jusqu’à l’Empire, c’est pourquoi il a supprimé 10 jours au Calendrier Julien afin que le Nouvel An romain qui se fêtait au Mois de mars coïncide avec la Pâque et inversement. La période de la Renaissance n’est autre que la renaissance de l’Art Greco-Romain. Afin de décorer les Palais de Rome, il était nécessaire vu le peu d’artefacts directs datant de l’époque gréco-romaine de créer un art reproduisant ou tentant de reproduire la période antique.

Il semble que l’Atlas de Farnèse fasse partie de cette décoration voulue par la Papauté de l’époque plutôt qu’un artefact astronomique digne de ce nom. Ce qui peut nous amener à cette théorie c'est un artefact retrouvé à Grand, dans les Vosges ( France ), que l'on appelle simplement "Les tablettes zodiacales de Grand". Il s'agit selon le Musée Grand Est d'une : "carte céleste et zodiacale est issue d’une tradition savante hermétique, originaire vraisemblablement du milieu gréco-égyptien. Elle peut être mise en relation avec d’autres représentations similaires, notamment celles de Douch (oasis de Kharga). Contrastant avec la taille des représentations zodiacales de certains temples égyptiens – notamment le plafond du temple de Dendera conservé au musée du Louvre -, ces tablettes facilement transportables avaient vocation à voyager. Cependant, elles ne devaient être ouvertes que dans le cadre très restreint de la consultation astrologique et de la magie, approches complémentaires dans l’Antiquité. Comme aujourd’hui, on venait consulter l’astrologue pour connaître son destin, demander conseil, ou encore requérir une protection contre les maladies".

Cette analyse du musée n'a de raison d'être que celle de nous distraire, il ne s'agit que de spéculations. Observons de plus près cet artefact que l'on a daté du IIe siècle sous l'empire romain et dont la matière est de l'ivoire sculpté selon le Musée. La carte du ciel et le zodiaque étaient protégés par un système de couvercle à glissière. De forme rectangulaire, chaque diptyque mesure 29 x 19 cm. Les dessins, gravés au ciseau et à la gouge dans l’ivoire. On peut se demander de quel animal provient une telle surface plane en ivoire. Ci-dessous, la reconstitution des deux parties du cercle afin d'avoir une vue d'ensemble :



On peut distinguer malgré la gravure esquissée très primaire due à un sculpteur qui n'a pas suivi jusqu'au bout ses cours de sculpture, un style égyptien. Aux quatre coins, on peut observer des êtres humanoïdes ailés. Au centre, un zodiaque de 12 signes tels que nous les connaissons encore aujourd'hui. Et autour du cercle zodiacal, une division en 36 portions montrant des personnages que l'on qualifie de "décans". Les noms de ces "décans" sont retranscrits en copte ancien au moyen de caractères grecs. Voici le zoom :



Cet artefact daté de l'époque ptolémaïque ou du début de la domination romaine en Egypte ( -30 ) nous permet de constater la différence avec un autre artefact daté de la même époque, le Zodiaque de Dendera. Voici cet artefact dont le travail de sculpture est plus raffiné, géométriquement plus élaboré et astronomiquement plus complet puisque son sculpteur a utilisé une projection stéréographique conique ( c'est-à-dire, avec au centre la constellation polaire de l'hémisphère nord et et les constelltions de l'hémisphère sud en bordure du disque :



Les personnages en bordure ( c'est-à-dire, les constellations du sud ) du Zodiaque de Dendera marchent vers la droite lorsque cet artefact est bien positionné pour être étudié sérieusement. Pourquoi ce sens et pas un autre ? Eh bien, il suffit de comparer ces personnages marchants aux personnages marchants des tablettes zodiacales de Grand ou inversement. On nous dit que les inscriptions des tablettes zodiacales de Grand sont écrites en copte ancien, ce qui nous permet de dater de manière plus précise cet artefact dont l'époque est très proche de la période où vécut Hipparque.

Sur l'Atlas Farnese, il n'y a aucune inscription en copte ou en grec ancien, pourtant l'Atlas Farnese est contemporain des Tablettes Zodiacales de Grand. Ce qu'on peut supposer sérieusement, c'est que l'Atlas Farnese ne date pas du IIe siècle, sinon pourquoi une telle différence par rapport au style ^primitif "greco-égyptien" des Tablettes Zodiacales de Grand ? L'Atlas Farnese même s'il affiche seulement 41 constellations date vraisemblament de la Renaissance. ( Lire aussi cette étude sur le style artistique de l'Atlas Farnese).

En conclusion de cet article, on peut avoir de très sérieux doutes sur la datation véritable des artefacts grecs et même de manuscrits occidentaux lorsqu’on prend le temps de creuser le sujet et qu’on ose remettre en question ce qu’on nous raconte sans avoir pris le temps de vérifier les dates. Cela s’appelle avoir l’esprit critique, et la science oblige chacun à adopter cet esprit le plus constamment possible afin d’éviter des anachronismes.